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Les deux visages du Coran | Un islam à réformer ?

Blasphémateur ! Waleed Al-Husseini

Par Waleed Al-Husseini . lemonde.fr


En analysant les derniers événements qui ont endeuillé la France, il est aisé de comprendre que ceux qui ont attaqué Charlie Hebdo sont idéologiquement liés à ceux qui m’ont emprisonné et torturé pour outrage à la religion en Cisjordanie, à ceux qui ont condamné Raëf Badawi en Arabie saoudite et à ceux qui ont condamné à la peine capitale Mohamed El-Cheïk en Mauritanie. Les tueurs du 7, du 8 et du 9 janvier à Paris ont puisé leur idéologie radicale à la même source qui nourrit mes tortionnaires et tous les autres oppresseurs de la libre-pensée. Tous confisquent la liberté, combattent la libre-pensée, interdisent la liberté d’expression. Ils veulent briser nos stylos, plus percutants que leurs armes. Ils veulent soumettre l’humanité et ramener les hommes et les femmes à l’état de brebis dociles. Ces oppresseurs n’ont pas seulement visé Charlie Hebdo, ils ont ciblé le concept et la valeur même de la Liberté. Paradoxalement, ils s’octroient la liberté de juger et d’exécuter quiconque ose les critiquer.



Ce qui a été moins dit, c’est que les extrémistes puisent leur idéologie dans certains passages du texte coranique qui véhiculent la haine et prônent l’assassinat de l’autre. Ils s’appuient sur une kyrielle de fatwas, elles-mêmes inspirées du Coran ou présentées comme son interprétation. Ils disent appliquer les enseignements des Oulémas.



Il est dangereux de continuer à caresser le monstre dans le sens du poil pour éviter de le provoquer. Il est temps d’abandonner le politiquement correct qui ne fait que renforcer ces ultras. Il est de notre devoir d’ouvrir les yeux, de retrouver les textes violents qui répandent cet extrémisme, d’en débattre et d’engager une vaste et profonde réforme de l’Islam. A défaut de les interdire, il est indispensable d’étudier ces textes et de prouver qu’ils permettent plusieurs interprétations. A l’instar de la TOB (Traduction Œcuménique de la Bible), il est urgent de procéder à une TOC (Traduction Œcuménique du Coran) pour le rendre conforme à la laïcité et compatible avec les libertés.  C’est un travail qui incombe aux musulmans éclairés, pourvu qu’ils osent affirmer leur laïcité, la vivre et respecter le droit à la différence d’autrui et son droit à la vie. Il est urgent que les musulmans cessent leur double langage qui consiste à présenter uniquement les versets « révélés » à la Mecque pour prôner un islam pacifique, une religion d’amour et de miséricorde, et à omettre sciemment les versets de Médine, guerriers et violents, qui appellent à tuer les mécréants.



En réalité, le Prophète Mahomet a une double personnalité. Pendant son séjour à la Mecque, il était en position de faiblesse, persécuté par les tribus athées. Il a fait profil bas et utilisé sa docilité comme vecteur de prosélytisme pour répandre une religion de paix. Mais après sa migration vers Médine et le début des conquêtes, sa puissance l’a transformé. Il a alors troqué la docilité pour la violence et le prosélytisme pour l’épée. Il a fait décapiter les poètes qui osaient le critiquer par le verbe, tout en encourageant d’autres poètes à dénigrer ses adversaires. A l’image de son auteur, Mahomet, le Coran contient beaucoup d’appels au meurtre, à la destruction et à l’exclusion.



Cette violence, enseignée depuis 14 siècles, a accompagné toutes les conquêtes islamiques et marqué des générations entières de fidèles. Evidemment, tous les musulmans ne sont pas des terroristes, même s’ils sont trop nombreux à ne pas s’en désolidariser. Mais presque tous les terroristes de la foi sont des musulmans. Il devient urgent que les musulmans éclairés s’unissent pour délivrer l’Islam de cette déformation congénitale. Nous sommes tous invités à nous unir contre l’extrémisme et à défendre la liberté.


Tous les pays musulmans sont invités à défendre la liberté chez eux et à abandonner la schizophrénie héritée du double langage du Coran. Car comment tolérer que Mahmoud Abbas puisse défiler à Paris contre le terrorisme qui a frappé Charlie Hebdo alors qu’il m’a fait emprisonner, torturer et juger par une cour martiale au nom de l’Islam ? Comment accepter la présence du premier ministre turc Ahmet Davutoglu à la manifestation parisienne alors que la Turquie nourrit la haine contre les caricaturistes danois ? Comment supporter la participation de l’ambassadeur saoudien à la marche pour Charlie alors que son pays vient de condamner à mille coups de fouets Raëf Badawi, accusé d’avoir manqué de respect à l’Islam ? Comment prendre au sérieux les condamnations de la tuerie formulées par l’Iran, la Syrie et le Hezbollah, en sachant que Téhéran a été le premier à avoir émis une fatwa contre Salman Rushdie en 1989 pour son livre Les Versets sataniques, qu’il renouvelle périodiquement cette fatwa, et qu’il vient de traduire un journal devant la justice ? Les condamnations syriennes sont aussi intéressées, Damas tentant une récupération politique de l’attentat contre Charlie pour diaboliser l’Islam sunnite et réhabiliter son propre régime au nom de la lutte contre le terrorisme, en dépit des crimes commis contre son peuple. Les condamnations par le Hezbollah, qui représente le pendant chiite de l’extrémisme sunnite, sont motivées par les mêmes considérations géopolitiques…



Il est urgent d’unifier nos discours à l’échelle internationale et d’unir nos efforts pour assécher cette idéologie qui favorise la barbarie. Il faut une vraie réforme profonde de l’Islam, telle que préconisée récemment par le président égyptien Abdelfattah Al-Sissi, pour sauver l’Islam d’abord, et épargner à l’humanité tout entière les dérives haineuses de cette idéologie. Les récalcitrants seront alors placés sur la liste des organisations terroristes et combattus à ce titre. Ces mesures doivent comprendre également la gestion des mosquées et autres institutions islamiques et la surveillance des prêches, afin que les lieux de cultes restent exclusivement voués à la prière et que les institutions islamiques cessent d’être des foyers d’endoctrinement et d’enrôlement de terroristes. Il faut veiller à ce que la démocratie ne profite pas aux théocrates, par définition ennemis de la démocratie. « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté », disait Saint-Just. Soyons unis pour mener à bien notre prochain combat pour la liberté, et cessons de nous cacher la tête dans le sable



Waleed Al-Husseini est l’auteur de Blasphémateur . Les Prisons d’Allah (éditions Grasset, sortiele 14 janvier 2015) et le fondateur du Conseil des ex-musulmans de France.
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2 commentaires:

  1. Le témoignage de Waleed AL-husseini (Blasphémateur ! ) donne un éclairage incontournable aux prétentions de l'islam ! C'est du "vécu de l'intérieur" et c'est fort bien décrit et analysé ! Le "pas d'amalgame" prend, au travers de ce que nous livre Waleed, un sérieux camouflet...! Il est à souhaiter que d'autres ex-musulmans, affranchis et libres de leur parole, puissent témoigner de manière aussi ouverte de l'aliénation que ce système de pensée obscurantiste impose à des millions d'êtres humains .

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  2. Blasphématour! constitue un témoignage précis (et non un ouvrage philosophique) et sans tabou d'un jeune palestinien rationaliste, digne philosophe des Lumières, qui met progressivement en cause, au cours de ses études religieuses, les fondements de sa foi dans l'Islam.
    Ce livre, fluide et qui se lit aisément d'une traite, présente trois principaux mérites:
    - Bien qu'il mentionne à plusieurs moments le Coran, il ne s'attarde pas à convaincre le lecteur du bienfondé de son athéisme, mais plutôt met en exergue le difficile processus qu'implique pour une jeune personne la remise en cause des canons de son milieu. Ici, il ne s'agit pas seulement de contester le dogme de la religion islamique, mais également de remettre en question l'ensemble de son milieu, qui adhère férocement à ce dogme. Au-delà des idées, c'est de courage dont il faut faire preuve pour surmonter l'opprobre de son environnement proche.
    - A travers le récit de son passage au sein des geôles palestiniennes, c'est une autre facette de l'Autorité palestinienne que nous découvrons. Ce n'est plus celle de victime de l'Etat d'Israël (le conflit israëlo-palestinien n'est que très brièvement mentionné), mais, sur fond de concurrence entre les divers services de sécurité autochtones, de bourreau d'une partie de sa propre population. Le printemps arabe n'a pas gagné les territoires palestiniens, mais on devine les parallèles avec la situation tunisienne par exemple.
    - Ce livre enfin atteste très clairement de l'impact absolument formidable de l'Internet et des réseaux sociaux dans les pays arabes, véritable bouffée d'oxygène pour une jeunesse asphyxiée par les interdits religieux, et vivant sous le joug de conventions culturelles obsolètes. Il sera fascinant de suivre au cours des prochaines années les transformations sociales profondes qui attendent le Moyen-Orient en raison de la pénétration croissante des nouvelles technologies.

    Bref, un livre plein d'espoir, de courage et d'engagement intellectuel et philosophique. Roboratif!

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