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Les Iraniennes tombent le voile sur les réseaux sociaux

Des Iraniennes ont posté par centaines des photos où on les voit sans leur voile sur une page Facebook dédiée. Pourtant interdite, cette attitude a beaucoup de succès.

À l’heure où les street style sont désormais un marronnier de la presse en ligne, on oublie parfois que les codes vestimentaires de certains pays pas si lointains du nôtre sont imposés par autre chose que la mode. En Iran, dont le territoire débute à quelques 5000 kilomètres de nos contrées hexagonales, toutes les femmes doivent porter le hijab, voile islamique réglementaire. C’est la loi, et attention, comme Libération le rapporte, c’est très sérieux : la police n’hésite pas à intervenir massivement pour corriger les rebelles.

Aujourd’hui, un réseau d’insoumises a mis la puce à l’oreille à de nombreux médias extra-iraniens. Trente-cinq années après l’instauration de l’état islamique, la page Facebook Libertés furtives des femmes iraniennes (Stealthy freedom of Iranian women) compile des photographies de femmes de tous les âges posant tête nue, affranchies du voile. Comme Big Browser le note, l’examen des clichés révèle qu’elles sont originaires de tout le pays : “au bord de la mer Caspienne ou du golfe Persique, à Persépolis, à Shiraz, dans une voiture, dans les montagnes au nord de Téhéran, sur l’autoroute qui mène à Khoramabad, dans le sud-ouest du pays ou même dans la ville religieuse de Qom.”
“Liberté furtive”
Responsable de cette page, son administratrice n’est autre que Masih Alinejad, journaliste iranienne exilée au Royaume-Uni. Une impulsion : cette photo sur son compte Facebook personnel, accompagnée du hashtag #آزادی‌یواشکی, signifiant“liberté furtive” et qu’on retrouve aussi sous sa forme anglaise, #stealthfreedom. De quoi diffuser au maximum cette tendance également sur Twitter grâce au hashtag dédié, où des personnes de nationalités différentes ont relayé ce mouvement. On note cependant peu de tweets iraniens.


La page Facebook est un succès : lancée le 3 mai, elle comptait 73 000 fans le 9 mai selon le Huffington Post Maghreb. Ce lundi 12 mai, la page en compte plus 130 000… et ça ne s’arrête pas. Une prouesse à modérer puisque parmi les 130 000, il y a certainement une minorité de comptes iraniens : les plateformes Facebook, Twitter, YouTube et bien d’autres sont interdites en République islamique, bien que les citoyens du pays soient apparemment nombreux à savoir contourner ces restrictions. RSF, qui compte l’Iran parmi sa liste noire des “Ennemis d’Internet”, rappelle que le pays est fliqué, même en ligne : “tous les fournisseurs d’accès à Internet rendent des comptes au gouvernement”.
Dans les albums photo de la page Facebook, des dizaines, voire des centaines de femmes posent seules ou accompagnées (parfois par des hommes), dans quantité de lieux différents, avec pour seule revendication le droit à disposer de leurs tenues et à s’affranchir du voile islamique, quand elles le désirent.
Au site américain Vocativ, Masih Alinejad confie : “Quand j’étais en Iran, je retirais mon voile dans les champs ou dans un autre endroit tranquille, et je me demandais combien de femmes iraniennes faisaient la même chose. Apparemment beaucoup”.


Les intégristes menacent…
Évidemment, le féminisme n’est pas du goût des gardiens de la Révolution, ces véritables cerbères de l’état islamique qui surveillent aussi bien la rue que le web. Big Brower révèle les conséquences de ce mouvement de libération sur Internet.Selon ce blog du Monde, l’agence d’information semi-officielle Fars, proche d’eux, a qualifié la journaliste exilée d’“antirévolutionnaire” qui cherche à “abolir le hijab”.
Le journal précise qu’en réponse à cette mouvance, mercredi 7 mai, une manifestation s’est tenue place Fatemi dans le centre de Téhéran. Plusieurs centaines de mécontents (ou bien carrément 4 000 selon Serat, un site d’info jugé qualifié de conservateur par Big Browser), visiblement plutôt des hommes, chantaient des appels à réprimer cette quête de liberté dans l’œuf : “Homme ! où est passée ta dignité ? Où est passé le hijab de ta femme ?” ou encore le très sobre “Mort à celles qui n’ont pas de hijab !”
…mais le gouvernement tolère
Par la voix du gouverneur de Téhéran Hossein Hachémi, le gouvernement a déclaré “L’Etat n’est pas d’accord avec les manifestations sans autorisation, et celle qui s’est tenue mercredi était illégale”. Il confirme une attitude plus souple de ses positions, notamment sur les mœurs, qui coïncide avec l’arrivée du président Hassan Rohani, jugé plus modéré, en août 2013.
Après le blocage de WhatsApp en Iran la semaine dernière, c’est le président lui-même qui s’oppose à son interdiction. Une attitude qui rompt définitivement avec celle de Mahmoud Ahmadinejad, qui avait créé en 2009 une véritable milice du Net. L’Iran devrait respirer (un peu) mieux.


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