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"Blasphémateur" ou comment s'en déprendre

PAR DIANNE
J'ai rendu compte ici de la sortie du livre deWaleed Al-Husseini "Blasphémateur, Les Prisons d'Allah". C'est le magnifique plaidoyer pour la tolérance et la laïcité d'un jeune Palestinien de 28 ans qui a eu à connaître,  en sa terre natale, la prison pour délit d'opinion. Et qui a eu à redouter pire encore.
 Tenter en Palestine de se déclarer athée est une gageure impossible, sauf à y laisser sa liberté de parole et sa liberté tout court. Ne parlons pas d'y laisser sa vie, sanction quasi-inévitable pour qui, en terre d'islam, veut se déprendre de l'islam, même s'il ne l'a pas choisi. Non que la condamnation à mort soit prononcée par un "tribunal". Ici, la sanction n'a été "que" de 7 ans et demi (notons le "demi" !) pour avoir tenu un blog frondeur qui questionnait le dogme en s'appuyant sur des contradictions intrinsèques et précisément compilées du Coran. Mais le "tribunal" militaire qui a jugé un civil (en toute illégalité !) comptait sans doute aussi sur le gangstérisme idéologique qui anime une partie de la population radicalisée à dessein pour finir le travail.
 Le récit est passionné, factuel, précis. L'auteur ne s'est volontairement limité que pour tenter le mieux possible d'épargner sa famille dont le noyau dur, sa mère en tête, ne l'a jamais renié bien qu'il sache qu'il a heurté leur piété.
 Les échanges avec les "enquêteurs", les "procureurs", les "juges" sont surréalistes. Il doit pendant près d'un an affronter d'incultes serviteurs de l'Autorité palestinienne qui, au nom d'une constitution dite laïque (en fait calquée pour l'essentiel sur la constitution algérienne) lui opposent sans cesse la loi religieuse en tant que substitut juridiquement (car socialement) irréductible.
 On ne peut qu'admirer son courage quand au début de sa mise au secret il trouve les ressources pour énoncer les noms des intellectuels laïcs qui avant lui ont lutté pour que cette Autorité palestinienne voit le jour. "Sans eux, il n'y aurait jamais eu d'Autorité palestinienne et tu ne serais pas procureur". Courage de la jeunesse quand elle se mêle de penser par elle-même au lieu de se laisser enfumer par l'encens des certitudes séculaires. "Irresponsabilité" lui oppose-t-on au sein de sa famille élargie et cela rappelle quelque chose...
 Internet étant ce qu'il est, tous les outils mis à disposition, tant pour énoncer que pour traquer, sont utilisés à la fois par les bourreaux et par les victimes. Le jeune blogueur avait su organiser des échanges, dès 2006, entre des semblables questionnant le religieux dévoyé, revenant sans cesse aux écritures pour en démontrer les contradictions et souvent l'inanité.
Il était évident que, trahison (le patron du cyber-café-refuge) ou imprudence (les messages téléphoniques, sms, mails, explicites contenant l'équivalent de "écrasons l'infâme" avant chaque signature), les besogneux contrôleurs de l'orthodoxie des moeurs n'allaient pas tarder à ficeler leur cible.
 Mis au secret, entouré d'un luxe de précautions logistiques pour le moindre déplacement, torturé de manière à ce que les sévices ne laissent pas de marques, privé de soins, de nourriture, d'hygiène, les premiers mois. Puis, l'affaire prenant de l'ampleur au niveau international (retour de toile en boomerang pour les inquisiteurs) aménagement des conditions de détention. Mais détention. Sans aucun autre motif que la tenue d'un blog critique et la revendication de l'abandon de l'islam à titre personnel. Un Snowden inconnu en somme.
 Les procédures se succédant sans jamais aboutir, de demande de libération en défaut de "témoins", de report d'audience en report d'audience, c'est un an de vie qui a été confisqué à ce jeune intellectuel qui ne voulait au départ que mettre un peu de logique et de raison dans un système devenu fou de litanies, perverti par des religieux incultes refusant tout dialogue au nom de certitudes vermoulues, mais bien utiles pour faire tenir tranquilles des populations déboussolées.
Comme partout dira-t-on. Sans doute, mais à une nuance près : prétendre constituer en démocratie un espace politique dont les principes nient toute autre parole que celle du Coran en tant que substrat idéologique, revient à constituer une dictature. Il n'y aura jamais d'opposition possible dans un tel système. Parce que s'opposer au pouvoir religieux revenant à s'opposer à l'Etat, les opposants, déclarés renégats et donc nuisant à la sécurité intérieure, sont menacés de mort "légalement".
 Et la question se pose ici et maintenant : qui sont ces fractions d'une gauche énervée qui entendent soutenir un tel projet ? Et qui inondent les forums, les journaux, les échanges, les blogs, les sites de leurs protestations humanitaires pour défendre un projet scélérat qui n'accordera jamais la moindre liberté aux femmes et aux dissidents ?  Et si les sicaires lisaient ce témoignage de première main ?...
 J'entends déjà les "charognards du complot" (Charlie dixit)  : "Il n'est de bon témoignage que halal. Tout le reste est haram." Comme boko ?  Sérieusement, ne pourrait-on avant de sacraliser une cause somme toute respectable en ses attendus, se demander quel est le véritable projet des meneurs ? A moins que le sacré ne soit l'alpha et l'omega d'un projet tout autre : maintenir le bordel dans ce coin de planète. Parce que l'on n'en est pas à une contradiction près chez les lutteurs !

 
"Mes doutes et mes interrogations se sont accrus et multipliés au fur et à mesure que je découvrais que les enseignements de l'islam étaient impossibles à appliquer dans la vie quotidienne."...."Plus j'avançais plus je me posais de questions : pour quelles raisons l'histoire de l'islam est-elle tue ?".../... Extraits
 Pour essayer d'y répondre je me suis plongé dans l'étude du Coran, et les interprétations de Ibn Kathir et Al-Tabari, dans les hadiths de Sahih Al-Boukhari et de Sahih Muslim. J'y ai découvert avec stupéfaction un nombre incalculable d'aberrations, de versets contraires à l'humanisme, ou encore des récits de guerres et de conquêtes injustes que ces textes tentaient péniblement de justifier".../...
 "Je me suis tourné vers les intellectuels, les poètes et les écrivains, piliers de la renaissance culturelle, scientifique et littéraire arabe. Mais j'ai dû constater que tous étaient considérés comme impies, qu'ils étaient persécutés ou tués, et leurs oeuvres brûlées"../...
 Il cite Abd al-Malik Ibn Hicham, Ibn Ruchd (Averroès), Ibn Sina (Avicenne), supposé "imam des renégats",  Al-Razi (Rhasès) qui revendiquait son apostasie, Abdallah Ibn al-Muqaffa, Al-Tabari, exégète du Coran (lapidé à mort), Farag Oda (tué), Nasr Hamed Abou Zeid (exilé), Taha Hussein, Naguib Mahfouz. Tous ceux dont les combats anciens sont niés, persécutés qu'ils furent par ceux-là même qui récupèrent leurs noms pour l'édification mensongère des jeunes générations. "Tous ont été traqués, assassinés, pendus ou empoisonnés au nom de l'islam" mais on les présente comme de bons musulmans.
"Avec la charia et la Sunna... les religieux ont fabriqué des générations de décervelés à l'ignorance sacralisée, privés d'avenir, de progrès, d'humanisme, de dignité et de liberté.
Ceux que l'on appelle les révolutionnaires et les insoumis, c'est à dire ceux qui ont échappé à ce conditionnement, animés par la volonté de vivre, de réfléchir, de se comprendre et d'explorer la vie et ses valeurs humaines, sont tout simplement des êtres rationnels. Grâce à la lecture et à l'exercice de libre-pensée que je me suis imposé, j'ai pu rejoindre ce club informel d'hommes libres."
 Un beau plaidoyer pour la liberté, mais surtout pour la laïcité, qu'il entend désormais défendre en sa terre d'accueil, la France, où elle lui semble tout à coup aussi menacée qu'ailleurs.
Restera-t-il des refuges pour les "impies" ?
 "C'est un cri d'alarme que je lance pour sauver l'innocence des enfants, menacée par la folie et la colère. Et c'est à l'école et à la mosquée qu'ils sont formatés pour devenir des criminels ! Car dans mon pays et au-delà, les principaux fournisseurs de terroristes sont les mosquées"
 "Les prédicateurs qui pullulent dans le monde arabe exercent un véritable terrorisme intellectuel car le peuple n'a pas la possibilité de douter de l'authenticité de leur savoir. Mettre en doute la parole d'un imam c'est violer le sacré."
 C'est donc bien d'éducation dont il s'agit. Et de questionnement.  Le jour où comme lui, tout jeune, on permettra aux enfants de vérifier que les religions ont d'abord été inventées pour servir des intérêts politiques, on aura bien avancé.
 Aucune différence entre les lessivages de cerveau qui ont amené la première puis la deuxième guerre mondiale et celui à l'oeuvre pour servir un projet totalitaire différent en son essence mais identique en son crime. Reste à savoir si les farouches anarcho-libertaires-gaucho-anti-tout par principe vont longtemps, ici et maintenant,  servir la soupe aux barbus scélérats, ceux qui asservissent leur ouailles en sacralisant des "lois" qui régissent l'éthique mais qui ressemblent plus aux codes qui ont cours dans la mafia ou le grand banditisme.
 L'homme musulman dans le XXIe siècle. On dirait que certains "penseurs" ont du mal à s'y faire. Ils le préfèrent calé dans le XVe siècle. C'est plus exotique et ça fait des troupes de réserve. Ecrasons l'infâme.  Amen.
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ps  :  2010 : "Au terme de mon contrat [d'enseignant], à la fin de l'année scolaire, j'ai décroché un emploi dans une banque. J'étais chargé des saisies et des suivis des comptes, un emploi administratif guère passionnant,  mais moins prenant et mieux rémunéré".(p.69)
Pour l'anecdote mais pas "que" : partout les mêmes causes produisent les mêmes effets. Et l'on en revient aux choix cyniques des états en matière de valorisation des tâches à accomplir...

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